Début

Les quatre séries

Jaune

La couleur devient le sujet.

Un événement jaune se déploie en forme et en lumière. Sans signe distinct à reconnaître, la couleur elle-même organise la séquence.

117 — La première apparition de la tache jaune

Œuvre 117 · 2024

La première apparition de la tache jaune

Au début, le jaune apparaît comme une petite tache dans un espace blanc presque vide, une trace presque accidentelle, une éclaboussure. Ce n’est ni tout à fait un objet ni tout à fait un signe, mais plutôt le premier événement sur le plan : un point à partir duquel le mouvement peut commencer.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe0
  • Spécificité du signe0
  • Verbalisation0
118 — La tache devient une figure verticale

Œuvre 118 · 2024

La tache devient une figure verticale

Dans l’œuvre suivante, la tache s’étend en une figure verticale floue. On peut la voir dans son ensemble à une certaine distance, bien que ses contours restent flous : la forme est déjà apparue, mais ne s’est pas encore complètement séparée de l’espace environnant.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe0
  • Spécificité du signe0
  • Verbalisation0
119 — Le jaune remplit tout le plan

Œuvre 119 · 2024

Le jaune remplit tout le plan

L’ocre occupe maintenant presque tout le plan : il ne reste à regarder que les coups de pinceau, les irrégularités et les marges. L’objet a grandi et la distance s’est effondrée. En s’étendant, la couleur devient lumière : d’abord une tache, puis une lueur verticale, enfin tout l’espace visible—soleil, matin, état où tout reste possible.

  • Occupation chromatique3
  • Visibilité du signe0
  • Spécificité du signe0
  • Verbalisation0
120 — La lumière jaune entre des plans noirs

Œuvre 120 · 2024

La lumière jaune entre des plans noirs

La quatrième œuvre interrompt l’expansion de la forme-couleur. Le jaune est comprimé en une étroite colonne verticale, bordée à droite et à gauche de bandes sombres, comme des rideaux qui se referment. La lumière n’a pas encore disparu, mais elle est déjà occultée. La croissance qui allait de la tache au plan entier s’achève par une éclipse.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe0
  • Spécificité du signe0
  • Verbalisation0
Œuvre117118119120
Occupation chromatique1232
Visibilité du signe0000
Spécificité du signe0000
Verbalisation0000

Rouge

Le voile devient un message.

Le rouge s’interpose entre le signe et le spectateur. Le sens s’intensifie à mesure que l’image devient plus difficile à voir.

121 — Une fissure avant la catastrophe

Œuvre 121 · 2024

Une fissure avant la catastrophe

Une figure noire oblique sur le panneau presque nu ressemble à un défaut structurel critique. Il y a très peu de rouge : la catastrophe n’a pas encore eu lieu, mais elle est déjà perceptible et inévitable.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
122 — Des nuages noirs au-dessus d’une terre empoisonnée

Œuvre 122 · 2024

Des nuages noirs au-dessus d’une terre empoisonnée

De lourds nuages noirs pèsent sur une terre meurtrie, traversée de traînées rouges comme une pluie de sang ou d’acide. Le paysage devient le signe de la pollution, de la guerre et de ce qui n’aurait jamais dû arriver.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
123 — Une montagne blessée sous les nuages noirs

Œuvre 123 · 2024

Une montagne blessée sous les nuages noirs

Une montagne devrait signifier la stabilité et l’endurance, mais elle est ici brisée et entourée de nuages lourds. Le voile rouge la recouvre, mais son contour perce encore ; aucun signe ultérieur ne restera aussi distinct.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
124 — Une rose presque effacée

Œuvre 124 · 2024

Une rose presque effacée

L’image d’une belle fleur est presque entièrement recouverte de noir et de rouge. Il faut deviner la rose : le rouge n’anime pas la forme, il participe à sa destruction.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe1
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
125 — Un sacrifice qui donne le savoir

Œuvre 125 · 2024

Un sacrifice qui donne le savoir

Un signe vertical associe une lance et un œil et renvoie à Odin. La douleur et le sacrifice ouvrent une autre possibilité : la souffrance peut conduire au savoir ou au nouveau—première tentative d’évasion de la série.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe3
  • Verbalisation0
126 — Un sacrifice qui ne donne rien

Œuvre 126 · 2024

Un sacrifice qui ne donne rien

La lance suivante est Gáe Bulg, avec laquelle Cú Chulainn tua son fils sans le reconnaître. Une lance répond à l’autre : sacrifice porteur de sens contre sacrifice vain, refermant la première tentative d’évasion.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe3
  • Verbalisation0
127 — Des champs et des habitations en feu

Œuvre 127 · 2024

Des champs et des habitations en feu

Des meules ou des toits triangulaires se dressent dans un champ rouge. Sans nommer de lieu, l’image devient le signe général d’un espace natal détruit que les habitants sont forcés de quitter.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe1
  • Verbalisation0
128 — Le cycle fermé de la violence

Œuvre 128 · 2024

Le cycle fermé de la violence

L’anneau noir peut se lire comme l’Ouroboros, le serpent qui dévore sa queue. Dans la série, il figure un cycle fermé : la violence se reproduit et une destruction devient le commencement de la suivante.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe3
  • Verbalisation0
129 — La couronne et le pouvoir sans fin

Œuvre 129 · 2024

La couronne et le pouvoir sans fin

La couronne ne désigne pas un souverain, mais le pouvoir lui-même et son désir de durer indéfiniment. Le cycle de la souffrance reçoit ainsi une explication non seulement mythologique, mais humaine.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe3
  • Verbalisation0
130 — La forêt sombre au-delà de la frontière

Œuvre 130 · 2024

La forêt sombre au-delà de la frontière

La bande noire peut être lue comme une forêt sombre à la limite du monde familier. Au-delà se trouve l’autre : redouté et objet de méfiance, mais aussi associé aux contes et aux miracles. La seconde tentative d’évasion demande si nous pouvons apprendre à faire confiance à ce qui se trouve au-delà.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe2
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
132 — Un champ rouge sous un ciel noir

Œuvre 132 · 2024

Un champ rouge sous un ciel noir

Le finale est un paysage sans signe. Il ne reste qu’une mince bande olive et or au bord ; l’espoir a presque disparu et la seconde tentative d’évasion s’achève dans la désolation d’une terre brûlée.

  • Occupation chromatique2
  • Visibilité du signe0
  • Spécificité du signe0
  • Verbalisation0
Œuvre121122123124125126127128129130132
Occupation chromatique12222222222
Visibilité du signe32212222220
Spécificité du signe22223313320
Verbalisation00000000000

Grise

La certitude devient une question.

Le gris passe du voile au milieu. Les signes redeviennent visibles, mais leur sens devient instable.

133 — L’abstraction correcte et la fausse réponse

Œuvre 133 · 2025

L’abstraction correcte et la fausse réponse

D’abord, c’est une abstraction sûre, parfaitement ordonnée. Revue après le reste de la série, sa correction devient suspecte : une fausse réponse ou un faux dieu doit ressembler exactement à l’original pour être cru.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe1
  • Verbalisation0
135 — Une ville avec une seule fenêtre éclairée

Œuvre 135 · 2025

Une ville avec une seule fenêtre éclairée

Les maisons et la rue évoquent une petite patrie, le genre de lieu que l’on quitte. Une seule fenêtre est éclairée ; la ville meurt, et elle meurt en silence.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
136 — La lune au-dessus d’une gare

Œuvre 136 · 2025

La lune au-dessus d’une gare

Une gare suppose des arrivées, des départs et des rencontres, mais il n’y a ni trains ni personnes. Seule la lune demeure, témoin silencieux.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
137 — Un bâtiment ou une trace de chenille

Œuvre 137 · 2025

Un bâtiment ou une trace de chenille

La structure résiste à l’identification. Ce peuvent être les fenêtres d’un immeuble ou l’empreinte de chenilles de char : la même forme signifie l’habitation et ce qui la détruit.

  • Occupation chromatique0
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe1
  • Verbalisation0
138 — Une église au dôme jaune

Œuvre 138 · 2025

Une église au dôme jaune

L’église se dresse dans le vide gris de la ville mourante. Ne devrait-elle pas réconcilier les nations par le pardon et l’amour ? Son dôme jaune donne une lumière réfléchie, semblable à celle de la lune, plutôt que la chaude lumière intérieure d’un foyer. Peut-être l’église meurt-elle aussi.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation0
140 — Soleil ou lune

Œuvre 140 · 2025

Soleil ou lune

La lumière a perdu ses traits distinctifs. Il y a tant de gris autour qu’on ne distingue plus le jour de la nuit ; même la lumière perd son sens.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe1
  • Verbalisation0
141 — La lune devenue grise

Œuvre 141 · 2025

La lune devenue grise

Même la lune s’est brouillée et effacée. Il n’existe plus de signe séparé ni personne à interroger—seulement le milieu gris et la question : que se passe-t-il ensuite ?

  • Occupation chromatique0
  • Visibilité du signe0
  • Spécificité du signe0
  • Verbalisation0
Œuvre133135136137138140141
Occupation chromatique1110110
Visibilité du signe3333330
Spécificité du signe1221210
Verbalisation0000000

Blanche

L’image devient parole.

Le blanc devient le fond des figures, des titres et des mots écrits. Le signe devient parole directe sans devenir univoque.

142 — Le monde, digéré

Œuvre 142 · 2026

Le monde, digéré

Sköll a rattrapé et avalé le Soleil, comme lors du Ragnarök, puis l’a déjà « relâché »—peut-être plus d’une fois. Les catastrophes précédentes ne sont donc pas les étapes d’une fin unique, mais les propriétés ordinaires d’un monde digéré à répétition.

  • Occupation chromatique1
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe3
  • Verbalisation3
143 — Sans-titre — une grille qui ne dit rien

Œuvre 143 · 2026

Sans-titre — une grille qui ne dit rien

La grille noire peut être une façade, une empreinte de pneu ou une batterie ; ses diagonales forment presque une lettre. Pourtant, la première série douée de parole ne dit rien ici. C’est sa seule œuvre sans titre ni mots : sous la peinture blanche se trouvait autrefois un graphique scientifique. Le langage a changé ; la grille est restée.

  • Occupation chromatique0
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe1
  • Verbalisation0
144 — Le Dubnien profond

Œuvre 144 · 2026

Le Dubnien profond

L’histoire cosmique se réduit à une colère privée : un habitant ivre, bruyant et agressif qui abîme les voitures et écrit des articles pseudo-scientifiques. La caricature recouvre un graphique dans une ville fière de sa science.

  • Occupation chromatique0
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe3
  • Verbalisation2
145 — Électro-pissenlit

Œuvre 145 · 2026

Électro-pissenlit

À la fois plante, circuit, antenne et dessin technique : peut-être une fleur du futur monde électrique. Si même une mauvaise herbe est remplacée, disparaît alors la dernière chose qui poussait et se reproduisait d’elle-même.

  • Occupation chromatique0
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe2
  • Verbalisation1
146 — Superessence

Œuvre 146 · 2026

Superessence

Autour du pistolet sont inscrits superessence, puissance et à la pompe. Essence désigne à la fois le carburant et l’essence d’une chose ; puissance évoque le pouvoir, la pression et la force. L’essence suprême et la grande puissance se distribuent au litre, s’épuisent dans les files et finissent en deux gouttes.

  • Occupation chromatique0
  • Visibilité du signe3
  • Spécificité du signe3
  • Verbalisation3
Œuvre142143144145146
Occupation chromatique10000
Visibilité du signe33333
Spécificité du signe31323
Verbalisation30213

Analyse complète

Vingt-sept œuvres forment un seul champ.

Les quatre mini-tableaux se réunissent en une seule vue. Les transformations de la couleur, du signe et du langage apparaissent dans toute la séquence.

ŒuvreJauneRougeGriseBlanche
117118119120121122123124125126127128129130132133135136137138140141142143144145146
Occupation chromatique123212222222222111011010000
Visibilité du signe000032212222220333333033333
Spécificité du signe000022223313320122121031323
Verbalisation000000000000000000000030213

Codage de l’auteur sur une échelle de 0 à 3.

Quatre séries · quatre transitions

Deux trajectoires se déploient simultanément.

Jaune

Couleur
ÉvénementForme
Signe
MotifDisparition

Interaction Avant ces quatre séries, le signe était un motif indépendant. Pour que la couleur devienne le sujet, il disparaît dans la série Jaune.

Rouge

Couleur
FormeVoile
Signe
DisparitionMessage

Interaction La couleur recouvre le signe ; le maximum de sens coïncide avec le minimum de visibilité.

Grise

Couleur
VoileMilieu
Signe
MessageQuestion

Interaction Le signe n’est plus masqué, mais son sens devient instable.

Blanche

Couleur
MilieuFond
Signe
QuestionMot

Interaction La couleur devient la surface sur laquelle le signe parle.

Point de convergence

La couleur et le signe se déplacent l’un vers l’autre.

Ils se rejoignent à la surface du tableau. La couleur, autrefois lumière et milieu de l’image, devient son fond. Le signe, autrefois symbole occupant tout le tableau, devient un mot écrit sur ce fond.

Une série s’achève lorsque son sujet est épuisé.

La série Jaune atteint la limite de l’expansion de la couleur ; les séries Rouge et Grise s’achèvent avec la disparition du signe ; la série Blanche reste ouverte, car la parole directe n’est pas encore épuisée.

Pour devenir parole, le signe doit perdre son autorité.

Du mythe et de l’oracle, par la chose ordinaire et incertaine, jusqu’à l’expression humaine directe.

Il s’agit d’une manière d’organiser le matériau, non d’une interprétation exhaustive des œuvres.

Les peintures deviennent des données, les données deviennent un argument, et l’argument devient une œuvre.